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Chapitre spécial, “Ottawa, Capitale canadienne bilingue” /
Special Chapter, “Ottawa, The Canadian Bilingual Capital”

Jon Legg (Ottawa) et Viateur Bergeron (Hull): Qu'est-ce qu'une capitale nationale ?

Le Canada est notre pays, Ottawa est notre capitale ! La nouvelle Ville d’Ottawa demeurera-t-elle la capitale de tous les Canadiens ?

Selon la constitution, le français et l’anglais sont les langues officielles du Canada; ils ont un statut et des droits et privilèges égaux quant à leur usage dans les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada.

Le français et l’anglais sont les langues officielles de la ville d’Ottawa. La législation municipale en vigueur dispose qu’ils ont un statut et des droits et privilèges égaux quant à leur usage dans le Conseil et ses comités et dans l’administration.

Ottawa, notre capitale nationale, s’agrandit en vertu d’une loi de la législature de l’Ontario, qui fusionne onze municipalités urbaines et rurales. Ce sont 125 000 citoyens francophones et 600 000 citoyens anglophones que desservira la nouvelle ville restructurée d’Ottawa, ainsi que des millions de visiteurs de toutes les régions du Canada et du monde. Ne pensez-vous pas que l’égalité du français et de l’anglais qui prévaut aujourd’hui doit être maintenue dans notre capitale nationale agrandie ?

Ne pensez-vous pas qu’Ottawa agrandie doit continuer de reconnaître, refléter et respecter le français et l’anglais en tant que langues officielles du Canada ? Tout recul pourrait avoir de graves conséquences pour le pays.

Il est donc très important que vous fassiez connaître votre position en tant que citoyen canadien. Faites parvenir votre lettre d’appui, pour une capitale nationale bilingue, au Chef du Conseil de transition, M. Claude Bennett, à l’adresse ci-après, avec copie à l’éditeur des journaux de votre région.

Monsieur Claude Bennett
Chef du Conseil de transition
Municipalité régionale d’Ottawa-Carleton
Centre Ottawa-Carleton, Place Cartier
111, rue Lisgar
Ottawa (Ontario)
K2P 2L7

Télécopieur : (613) 580-4752
Courriel :info@ottawatransition.on.ca

NOTE: Vous êtes invité à faire parvenir vos commentaires à Jon Legg, Président de Dialogue Canada à : jonlegg@magma.ca ou à Viateur Bergeron, éditeur du Livre ouvert des citoyens pour le Canada à : vberger@uottawa.ca

Jon Legg, Ottawa (Ontario)
Viateur Bergeron, Hull (Québec)
le 7 mai 2000

Jon Legg (Ottawa) and Viateur Bergeron (Hull): What Is a National Capital?

WHAT IS A NATIONAL CAPITAL?Canada is our country, Ottawa is our capital ! Will it remain a real national capital for all Canadians ?

According to our Constitution, English and French are the official languages of Canada and have equality of status and equal rights and privileges as to their use in all institutions of the Parliament and government of Canada.

English and French are the official languages of the City of Ottawa. The current municipal legislation provides that they possess and enjoy equality of status and equal rights and privileges as to their use in Council, in all Committees of Council and in the municipal administration.

Ottawa, our national capital, is expanding by virtue of a law adopted by the Ontario Legislature which amalgamates eleven urban and rural municipalities. 125 000 French-speaking citizens and 600 000 English-speaking citizens will be served by the newly restructured City of Ottawa, as well as millions of visitors from all over Canada and the world. Don’t you think that the equality of English and French which currently prevails must be maintained in our expanded national capital ?

Don’t you think that the expanded Ottawa must continue to recognize, reflect and respect English and French as the official languages of Canada ? Any setback could have unacceptable consequences for our country.

It is therefore very important, as a Canadian citizen, that you take a stand on this matter. Communicate your support,for a bilingual capital, to Mr. Claude Bennett, Chair of the Transition Board, at the address below, and also send a copy of your letter to the Editor of the newspapers published in your area.

Mr. Claude Bennett
Chair, Transition Board
Regional Municipality of Ottawa-Carleton
Ottawa-Carleton Centre, Cartier Square
111 Lisgar Street
Ottawa, Ontario
K2P 2L7

Fax: (613) 580-4752
E-mail: info@ottawatransition.on.ca
Jon Legg, Ottawa, Ontario
Viateur Bergeron, Hull, Québec
May 7, 2000

Rolande Faucher : Bilinguisme: pourquoi reprendre ce débat? - Ottawa

BILINGUISME: POURQUOI REPRENDRE CE DÉBAT?

M. Claude Bennett, président du Comité de transition de la ville d’Ottawa,

Comme il est triste de devoir venir revendiquer devant le Comité de transition que vous présidez la reconnaissance du français et de l’anglais à titre de deux langues officielles au sein de l’administration de la future grande ville d’Ottawa!

Ayant cru que ce genre de discussion était chose du passé, sachant pertinemment qu’une majorité de gens, francophones et anglophones. qui habitent notre belle région appuient ce principe. je ne croyais pas le voir débattre ainsi de nouveau sur la place publique.

Il est triste, en plus, de lire dans les journaux de langue anglaise ces sorties de personnes hostiles au concept de dualité linguistique et qui semblent sortir d’un âge lointain où ce débat n’avait pas eu lieu.

Je suis native de la basse ville d’Ottawa et ai. connu la période où les irréductibles francophones, tels les Gaulois dans Astérix, se cramponnaient dans ce secteur de la ville afin de pouvoir vivre leur francité.

Depuis, j’ai été témoin du lent cheminement que la notion de dualité linguistique (que je préfère à celle de bilinguisme) a connu et de sa lente et parfois pénible implantation dans la région.

Je me souviens, entre autres, du rapport Bradet, qui a tracé les grandes lignes de cette implantation à la ville d’Ottawa, au début des années 1980, des comités francophones ou de bilinguisme de la ville d’Ottawa qui l’ont suivi; je me souviens des revendications des francophones d’Orléans auprès de la ville de Gloucester et de Cumberland, du leadership exercé dans ce domaine par la mairie de Vanier et, enfin, des débats plus récents sur la question à la Région d’Ottawa-Carleton.

Lentement, telle une fleur au printemps. la dualité linguistique s’est éclose et a grandi dans la région, devenant chose comprise par la plupart de nos dirigeants depuis une vingtaine d’années et semant son parfum de bonne entente entre les deux groupes linguistiques de la région.

Alors pourquoi devoir reprendre le débat?

Pourquoi agiter les cendres de l’intolérance et de l’incompréhension de certains débats futiles, à mon sens, quand le jardin fleurissait et suscitait l’envie de bien d’autres régions?

La capitale d’un pays qui reconnaît la dualité linguistique comme principe même de son existence et de sa fondation se doit d’endosser ce concept et d’assurer son implantation de façon intégrale dans toute la future administration.

C’est donc la tristesse dans l’âme que je viens accomplir mon devoir et vous demander de reconnaître, au sein de notre future ville d’Ottawa, l’existence de deux groupes linguistiques très vivants et qui méritent une pleine reconnaissance de leur existence.

Assurez que mes petits-enfants, qui sont la cinquième génération de francophones nés à Ottawa, puissent continuer de profiter, du jardin fleuri des deux langues officielles de la belle ville d’Ottawa.

Rolande Faucher
Ottawa

Thomas McQuiston's Letter to Claude Bennett - Toronto

Dear Mr. Bennett:

We read in the Simard Report (1999) that “The linguistic and cultural continuity of Canada’s Francophone linguistic minorities is definitly not a foregone conclusion”.

There is therefore some urgency in addressing the question of the extension of bilingual services in the amalgamated Ottawa-Carleton region.

If Francophone minorities are to survive, not only must the existing symbols and institutions that reflect Canada’s official bilingualism policy be strengthened and maintained, but we must be willing and eager to seize whatever opportunities arise that would promote the development of new ones.

The Ottawa-Carleton amalgamation presents such an opportunity.

Canadians everywhere acknowledge the essential contribution played by the French language and culture in creating a unique Canadian society. We must strive to ensure that Canada always be seen actively to support and nurture the French fact in North America.

Not to have a bilingual national capital would convey the clear message that our official bilingual policy was without substance and not to be taken seriously. The national capital region has great symbolic significance. A national capital that did not reflect the officially bilingual character of the country would send out a negative message to all Francophones in Canada. It would also deny one of our major tourist attractions the opportunity to display the bilingual message both nationally and internationally.

We would urge you therefore to use your best offices to ensure that the bilingual services that exist in the present city of Ottawa become an essential feature of the enlarged municipality of Ottawa-Carleton and thus provide an appropriate national capital for all Canadians.

Yours sincerely,

Thomas McQuiston
161 Angus Drive
Toronto, Ontario.
M21 2W9

Marcel Gervais: À toutes les paroisses du diocèse d'Ottawa - Ottawa

Chères diocésaines, chers diocésains,

En tant que citoyennes et citoyens du Canada d’abord, ensuite, en tant que résidents de la future grande ville d’Ottawa ou dans sa périphérie, nous sommes conviés à nous exprimer sur le statut linguistique d’une nouvelle Capitale fédérale formée du regroupement de plusieurs municipalités.

Mais aussi, nous y sommes convoqués en tant que membres du diocèse d’Ottawa. En effet, depuis les débuts de la colonisation importante des deux rives de la rivière des Outaouais, l’Église d’Ottawa a toujours promu et tenté de vivre le respect de l’anglais et du français comme élément de paix sociale entre les deux groupes culturels fondateurs. Les quelques querelles qui ont pu surgir entre anglophones et francophones au cours des premiers temps de leur implantation dans la région se sont atténuées avec les décennies, de sorte que, actuellement, nous pouvons jouir d’une harmonie entre les deux groupes. II s’ensuit que les services en français sont assez largement répandus dans les milieux officiels.

Par conséquent, il ne faudrait pas que, en tant que catholiques de la région, nous voyions les services en français se détériorer du fait de la création d’une méga-ville d’Ottawa. Au contraire, s’il y a un endroit au pays où la réalité des deux langues officielles devrait se vivre, c’est bien dans sa Capitale fédérale.

II faut constater que nous avons plusieurs motifs de nous exprimer favorablement à ce que la grande ville d’Ottawa soit dotée d’un statut bilingue officiel. D’ailleurs, les élus municipaux actuels et futurs s’attendent à recevoir la vox populi afin de prendre position dès maintenant sur cette question fondamentale de notre avenir entre honnêtes gens.

La consultation publique est en cours jusqu’au 26 avril. Le Conseil de transition d’Ottawa invite la population à se manifester par écrit à l’adresse ci-dessous.

Veuillez agréer, chers diocésains, chères diocésaines, l’expression de mes sentiments les plus fraternels en Notre Seigneur.

L’Archevêque d’Ottawa,
Marcel Gervais

On envoie son avis à :

Groupe de travail sur les services linguistiques,
Édifice historique,
111, rue Lisgar,
Ottawa ON
K1 P 2L7

Tél. : (613) 580-4760 (boite vocale)
Fax: (613) 580-4752

Courriel: info@ottawatransition.on.ca

NB : Chaque lettre doit comporter le nom et l’adresse de l’auteur, autrement elle ne sera pas considérée.

La politique linguistique du conseil de transition pour la nouvelle ville

Proposée par D. Muir
Appuyée par P. Tessier
le 8 mai 2000

RECOMMANDATION

La nouvelle ville d’Ottawa devrait adopter la politique suivante en matière de services linguistiques.

ATTENDU QUE le Conseil de transition de la ville d’Ottawa reconnaît le caractère bilingue tant de la capitale de la nation que de sa population:

Le Conseil de transition recommande au conseil de la nouvelle ville d’Ottawa ce qui suit

1. le maintien du Règlement régional 78 de 1973 de la Municipalité régionale d’Ottawa-Carleton, et de la politique des services en langue française réitérée par le Conseil de la MROC le 27 novembre 1996 (tel qu’énoncé aux pages 1 et 2 du Guide des politiques générales – Autorité administrative – volume 2 de la Région d’Ottawa-Carleton); et

2. de réviser les documents de la MROC sur la politique des services en langue française pour indiquer qu’il s’agit d’une politique des services linguistiques s’appliquant aux deux langues officielles – anglais et français – dans la nouvelle ville.

De plus, le Conseil de transition de la ville d’Ottawa désire attirer l’attention sur les principes suivants

3. Embauche

Les candidats les mieux adaptés et qualifiés seront retenus pour combler
tous les postes de la nouvelle ville d’Ottawa et de ses conseils locaux.

4. Exigences linguistiques de certains postes

Le Conseil de transition d’Ottawa reconnaît la nécessité de désigner officiellement certains postes bilingues afin d’assurer l’accessibilité, la qualité et le maintien de la prestation des services dans les deux langues officielles.

Les membres de l’équipe de haute direction de la nouvelle ville d’Ottawa, tels que désignés dans l’organigramme adopté par le Conseil le 10 avril 2000, devront de préférence être bilingues ou le devenir.

Dans le cadre de l’application de cette politique, toute personne peut poser sa candidature à un poste de l’équipe de haute direction de la nouvelle ville d’Ottawa. Une formation linguistique sera offerte au besoin.

D’autres postes de la nouvelle ville d’Ottawa et de ses conseils locaux comportant des rapports avec le public pourraient recevoir une désignation bilingue.

5. Employés actuels

Les droits et privilèges des employés actuellement au service d’une municipalité qui sera fusionnée ou de l’un de ses conseils locaux ne subiront pas de préjudice en conséquence de l’adoption de la présente politique.

6. Date d’entrée en vigueur

La présente résolution entrera en vigueur dès son adoption.

Ottawa : un avenir à partager - John E. Trent, Theodore Geraets, Philippe Paquette

Un pays dont la Constitution reconnaît deux langues officielles se doit d’avoir une capitale officiellement bilingue. On ne doit pas permettre à des plaintes injustifiées d’empêcher cette reconnaissance. Quand le gouvernement Harris a refusé, l’année dernière, de légiférer sur la question du bilinguisme officiel à Ottawa, de nombreux leaders au sein de la communauté ont exigé que l’on accorde un statut bilingue à la nouvelle municipalité. Depuis lors, certains ont reculé sur la question. À l’heure actuelle, les deux principaux candidats à la mairie d’Ottawa soutiennent que la politique en matière de bilinguisme de l’ancienne ville Ottawa sera suffisante. Des 64 candidats à l’élection, 39 ont répondu à un sondage mené par l’Association canadienne française d’Ottawa Carleton (ACFO); seulement 18 d’entre eux se disaient en faveur du bilinguisme, tandis que trois seulement appuyaient un statut officiel. Même l’ACFO s’est sentie obligée d’abandonner son appui inconditionnel pour le statut officiel pour la durée de la campagne électorale municipale. Plutôt que d’éveiller leur ressentiment, la nouvelle ville d’Ottawa devra tendre la main aux 125,000 Francophones d’Ottawa en reconnaissant leur réalité, posant du même coup un geste de tolérance et de générosité typiquement canadien.

Dans certains milieux, on se réfère à la politique des Langues Officielles du gouvernement fédéral que l’on blâme d’avoir exclu plusieurs Anglophones de la fonction publique. On craint que cela puisse arriver également à la nouvelle ville d’Ottawa. Il s’en trouve qui croient en ce scénario et qui oublient que la politique du gouvernement fédéral est d’offrir des cours de langue à ceux qui le désirent. Par dessus tout, NOUS DEVONS ÊTRE CLAIRS sur ce que nous entendons par un statut officiellement bilingue pour la nouvelle ville Ottawa. Nous ne voulons pas que tous les citoyens doivent devenir bilingues. Le système d’éducation existe en partie pour aider ceux et celles qui désirent maîtriser les deux langues. Nous ne voulons dire non plus que toute personne qui travaille pour la nouvelle ville devra être ou devenir bilingue. Loin de là. Il est facile de voir pourquoi l’expression “bilinguisme officiel” a été si mal interprétée. Ces termes laissent entendre en effet que l’administration municipale dans son ensemble doit devenir bilingue. Or, tel n’est pas le cas. Ce que signifie le mot “officiel”,c’est qu’il y aura une loi provinciale garantissant que la nouvelle ville reconnaîtra comme légitime l’utilisation des deux langues officielles pour servir ses citoyens et ses employés – la plupart d’entre eux pouvant demeurer unilingues.

“Le bilinguisme officiel” se fie aux institutions pour s’assurer que le public est servi convenablement. Il en est ainsi en démocratie. C’est pourquoi nous devrions peut-être instaurer une “politique des deux langues officielles”. Nous avons malheureusement tendance à poser le problème à l’envers. La plupart du temps, nous discutons des méthodes à appliquer et oublions de parler des objectifs à atteindre. Nos leaders doivent spécifier les buts et prendre le temps de rassembler une équipe d’experts capables de mettre au point les détails qu’approuveront éventuellement les édiles municipaux. Il y a deux buts essentiels : rendre facile l’accès au gouvernement et aux services municipaux tant aux francophones qu’aux anglophones; et permettre autant aux anglophones qu’aux francophones de travailler au sein de leur gouvernement municipal sans difficulté particulière. Dans un pays officiellement bilingue, ces deux objectifs apparaissent comme éminemment raisonnables et ne peuvent qu’être approuvés par ceux qui cherchent à oeuvrer au sein de la nouvelle administration. Nous estimons que le nouveau conseil municipal devra adopter ces objectifs et les enchasser dans un arrêté municipal. Par la suite, il devra inviter le gouvernement provincial à faire de même en créant une loi ontarienne similaire à un moment approprié. La date de l’arrêté municipal marquerait l’entrée en vigueur des règlements destinés à appuyer la mise en oeuvre de ces objectifs.

Pour élaborer des règlements détaillés, le nouveau conseil obtiendra des rapports d’experts sur la façon d’appliquer une politique de bilinguisme. Par exemple, de l’ancienne Ville d’Ottawa, du gouvernement régional et bien sûr du gouvernement fédéral. Le conseil mettra également à jour sa politique, comme l’ACFO l’a récemment suggéré, en tenant compte des développements technologiques récents et des politiques, portant par exemple sur l’Internet et sur les contrats de services, qui ont besoin d’une sérieuse révision. Le conseil mettra en mouvement l’élaboration des règlements par le biais d’une commission d’experts. Sans vouloir dicter la portée des recommandations de la future commission, il est prévisible que cette réglementation assurera la production dans les deux langues des comptes-rendus des réunions publiques, la traduction des documents publics ainsi que celle des Sites Web de la municipalité; les règlements prévoiront enfin la prestation de services bilingues partout où cela est exigé. Les hauts fonctionnaires devront être soit bilingues eux-mêmes ou avoir des subalternes immédiats pour parler en leur nom dans les deux langues, et ce, afin de répondre au public et permettre au personnel de travailler effectivement dans leur propre langue. Il y aurait au sein de l’administration des postes unilingues et d’autres bilingues afin de permettre aux gens d’oeuvrer dans leur langue première et de devenir plus compétents dans la langue seconde. Partout où la chose serait possible, le terme “bilingue” devra être défini dans sa forme passive, soit la capacité de comprendre quelqu’un s’exprimant dans l’autre langue et ainsi permettre la tenue de réunions bilingues. Étant donné le droit démocratique de tout citoyen de soumettre sa candidature à la fonction publique municipale, il convient non pas de décourager les postulants unilingues, mais plutôt de les encourager à devenir bilingues. Nous pensons aussi que les objectifs linguistiques de la nouvelle ville auraient intérêt à être protégés par un ombudsman. L’implantation du bilinguisme dépend dans une large mesure de l’approche utilisée et nous osons espérer que la politique de bilinguisme qui émergera sera raisonnable plutôt que dogmatique, encourageante plutôt que punitive, fluide plutôt que rigide, économique plutôt que dispendieuse. Des objectifs que l’on se fixe à soi-même ont toujours tendance à créer un environnement positif et démocratique, ce qui prévient en fin de compte l’érosion du bilinguisme dans la fonction publique. D’autres bénéfices s’ajoutent au tableau. Le bilinguisme tend à alimenter le multiculturalisme qui, en retour attire des emplois de même que des investissements nationaux et internationaux dans notre économie de plus en plus ouverte sur le monde.

Nous pourrions même obtenir un appui financier complémentaire de la part du gouvernement fédéral. Le problème du statut bilingue de la ville d’Ottawa ne se réglera pas à court terme. Il se peut que nous discutions de cette question pendant des années encore avant que le bilinguisme officiel ne devienne réalité. Par contre, ceux qui seront élus au Conseil de la nouvelle municipalité et tous les représentants de notre région au Parlement fédéral devront publiquement déclarer leur appui pour une capitale nationale bilingue, et ce, au nom de la démocratie, au nom du droit des minorités, au nom de la salubrité du climat politique. Il est clair que la question du bilinguisme officiel pour la ville d’Ottawa est avant tout l’affaire des résidents de cette ville. Cependant, on peut espérer que la tolérance et la générosité de la majorité des citoyens de la capitale canadienne donneront l’exemple au gouvernement provincial du Québec en ce qui a trait à l’Outaouais. Un statut officiellement bilingue pour la région dans son ensemble deviendra un symbole important pour l’unité canadienne. Tous ceux parmi nous qui avons déclaré que “leur Canada inclut le Québec” doivent soutenir cette vision. L’avenir d’Ottawa est intimement lié celui du Canada. Ces deux entités partagent le même avenir.

John E. Trent, Theodore Geraets, Philippe Paquette
Novembre 2000

Ottawa, une capitale officiellement bilingue - Jon Legg

Nous avons complété l’élection d’un maire et de conseillers municipaux pour la nouvelle ville d’Ottawa qui naîtra le 1er janvier 2001. Tournons nos yeux vers l’avenir : quelles sont nos attentes, quelles seront nos engagements en ce qui touche la manière dont les citoyens des deux groupes linguistiques recevront les services de leur ville ?Nous avons plusieurs raisons d’être confiants que le bon sens et la justice vont prévaloir, mais il ne faudrait pas nous asseoir sur nos lauriers.

Les candidats Chiarelli et Cain ont tous deux décidé de ne pas utiliser les mots « bilinguisme officiel » durant la campagne électorale parce que cette expression prenait un sens différent dans l’esprit de différents groupes. Avant l’élection, ces candidats ont opté pour la même ligne de conduite : en cas de victoire, ils demanderaient au nouveau conseil municipal de voter une résolution adoptant la politique linguistique de l’actuelle ville d’Ottawa.

Dialogue Canada se rallie à cette approche. Débattre d’une expression floue n’aurait pas mené à grand chose. La politique de la ville actuelle d’Ottawa apparaît claire et équitable; elle a de plus le mérite d’avoir fait ses preuves. On trouve en tête de cette politique adoptée en 1982 l’énoncé suivant : « La ville d’Ottawa reconnaît aux deux langues officielles les mêmes droits, statuts et privilèges ». (Cette politique de la ville actuelle d’Ottawa prend comme modèle la Loi sur les langues officielles et son application touchant l’usage de l’anglais et du français dans toutes les institutions du gouvernement canadien). Cette politique de la ville actuelle ne s’en tient pas à ce noble énoncé de principe; elle explicite ses objectifs dans les domaines concrets touchant la langue utilisée dans le service au public, la langue de travail, la manière de recevoir les plaintes, etc…

Afin d’illustrer pourquoi Dialogue Canada pense que cette politique est équitable, voici, à titre d’exemples, quelques exigences énumérées sous le titre « langue de travail » : « La ville d’Ottawa doit :

  • encourager ses employés à travailler dans la langue officielle de leur choix.
  • offrir une formation linguistique appropriée.
  • offrir de l’aide aux employés qui doivent ou préfèrent écrire en français.
  • créer et mettre en place des programmes de formation dans les deux langues officielles.»

On trouve également des exigences nuancées et équilibrées dans les autres parties de la politique, y compris celles qui définissent le service offert au public.À titre de futurs résidants de la nouvelle ville d’Ottawa, nous devons veiller à ce que le conseil municipal élu fasse sienne la politique linguistique de la ville actuelle d’Ottawa. Cela va de soi.

Une fois cette étape franchie, cela nous mènera-t-il à nous croiser les bras ? Faudra-t-il encore s’occuper de la question du « bilinguisme officiel » ? Dialogue Canada est d’avis qu’il faut répondre par un oui sans équivoque.

Plusieurs leaders communautaires proposent qu’une politique raisonnable (dans la ligne décrite ci-dessus) devrait recevoir une forme de « statut officiel ». Pourquoi ? Pour prévenir que, dans l’avenir, un conseil municipal soit tenté de modifier cette politique sous la pression des passions du jour.

Pour en arriver à un tel statut officiel déclaré, il faudrait que le nouveau conseil municipal demande à Queen’s Park de reconnaître la politique linguistique de la nouvelle ville par une loi provinciale appropriée. En vertu d’une telle législation provinciale, la communauté francophone aurait l’assurance de bénéficier d’une protection plus efficace pour l’avenir.

Dialogue Canada veut préciser le sens de cette expression « bilinguisme officiel ». Il s’agit simplement de faire reconnaître par le gouvernement de l’Ontario que l’administration de la nouvelle ville d’Ottawa a mis en place une politique linguistique qui « reconnaît aux deux langues officielles les mêmes droits, statuts et privilèges », aux fins de servir le public et de recruter son personnel.

Voilà le sens que nous donnons à cette expression. « Bilinguisme officiel » ne veut PAS dire que les personnes unilingues anglophones ou unilingues francophones seront empêchées de trouver un emploi au nouvel Hôtel de ville. Par dessus tout, les résidants de la nouvelle ville d’Ottawa n’auront PAS à devenir bilingues en raison de la politique linguistique adoptée par le nouveau conseil municipal.

Le « bilinguisme officiel » viendra assurer à tous les résidants de la nouvelle ville d’Ottawa qu’ils pourront être servis par la nouvelle administration de la ville d’Ottawa dans la langue officielle de leur choix.

En conclusion, Dialogue Canada demande au nouveau conseil municipal d’Ottawa d’adopter sans tarder la politique de l’actuelle ville d’Ottawa. Une fois ce premier pas franchi, le conseil devrait prendre contact avec le gouvernement de l’Ontario en vue de lui demander de légiférer éventuellement pour rendre cette politique linguistique « officielle »

Ce sera un sujet de fierté pour tous les citoyens de constater que le nouveau conseil municipal a pu se mettre d’accord pour présenter une demande à Queen’s Park.

Autre motif de fierté pour nous, les citoyens d’Ottawa : non seulement avoir une nouvelle administration municipale capable de servir tous ses résidants dans la langue officielle de leur choix, mais également contribuer à l’unité canadienne. En effet, le bilinguisme officiel pour la Capitale du Canada demeure un puissant symbole de cette unité.
Jon Legg, président,
Dialogue Canada.

Dyane Adam: Ottawa : la Capitale nationale du Canada

La Ville d’Ottawa est la Capitale nationale du Canada, un pays qui a hérité de deux langues officielles, le français et l’anglais, d’après les lois constitutionnelles de 1867 et de 1982. La Ville d’Ottawa s’étend de Cumberland, dans l’est, jusqu’à Kanata, dans l’ouest, et Osgoode, dans le sud. Elle compte 125 000 citoyens et citoyennes francophones et 600 000 anglophones. Si pratiquement tous les résidents d’Ottawa parlent l’une ou l’autre langue officielle, quelque 300 000 d’entre eux les parlent tous les deux.

Ottawa correspond largement à la partie ontarienne de la Région de la Capitale nationale (RCN). L’autre partie de la RCN est composée de l’Ouest québécois, y compris les municipalités de Hull et de Gatineau, qui abrite une population de 216 000 personnes, majoritairement francophones.

En décembre 1999 la Loi réduisant le nombre de conseillers municipaux, une législation ontarienne, a restructuré et considérablement agrandi la Ville d’Ottawa, mais sans en définir le cadre linguistique. Ainsi, aucune disposition de la loi ne précise le statut du français et de l’anglais à l’hôtel de ville, en dépit d’une recommandation claire en ce sens du conseiller spécial du gouvernement qui a étudié les modalités de la restructuration et des appels répétés en ce sens qu’ont lancés de nombreux citoyens et représentants de communautés tant francophones qu’anglophones ainsi que le gouvernement du Canada.

Cependant, le Conseil de transition de la Ville d’Ottawa, qui a présidé à la fusion des municipalités antérieures, a adopté le 8 mai 2000 une politique sur le bilinguisme qui assure les services en français et en anglais aux citoyens à travers le territoire. Enfin, le nouveau maire, Robert Chiarelli, et plusieurs des édiles élus au nouveau conseil municipal d’Ottawa en novembre 2000 ont pris des engagements clairs envers la reconnaissance du français et de l’anglais dans la Ville. Je suis confiante que ces engagements, qui consistent à adopter la politique qui prévalait à Ottawa précédemment, se traduiront en réalités.
Dyane Adam
Commissaire aux langues officielles du Canada
le 14 février 2001
http://www.ocol-clo.gc.ca

Clinton Archibald: Ottawa, ville bilingue?

ledroit

 

Je participais, cette semaine, à une rencontre-discussion organisée par des étudiants de la Faculté de droit de l’université d’Ottawa. Il n’y avait pas foule pour entendre les deux participants au forum qui m’accompagnaient (ou que j’accompagnais?) pour répondre à cette question qui fera encore parler, c’est certain, avant qu’on ne l’ait réglée complètement, à présumer qu’on puisse la régler, c’est-à-dire la faire aboutir totalement.

Jacques Legendre, conseiller municipal, Mauril Bélanger, député libéral de la circonscription d’Ottawa-Vanier, devant une trentaine d’étudiants sensibilisés à la question, ont argué que le statut de bilinguisme officiel était nécessaire pour la nouvelle ville et que cela allait venir, “d’une façon ou d’une autre”. Leur approche individuelle, animant d’ailleurs leur optimisme, n’est toutefois pas la même. Je les respecte beaucoup et admire leur dévouement à la cause de la francophonie, puisque c’est de cela dont il s’agit, selon moi, lorsqu’on fait écho au statut de bilinguisme officiel pour Ottawa.

Je ne suis pas prêt à dire, quant à moi, que les anglophones ont intérêt à voir qu’Ottawa, capitale du pays, soit bilingue. Je dis que sans être des perdants, en matière de service, dans l’éventualité d’une consécration juridique de l’égalité des deux langues, le français et l’anglais, les anglophones n’ont pas objectivement d’avantages empiriques, pour eux, à nous voir servis dans notre langue. Ils pourraient, à la rigueur, croire qu’ils sont plus magnanimes, que la société qui est la leur est plus juste, meilleure, plus libérale, dans le sens le plus pur du terme, mais cela n’améliorera pas la qualité de leur eau potable ou de la collecte de leurs ordures ménagères.

Ce n’est pas de ça dont il s’agit, bien sûr. L’édile Legendre admet qu’on est à mettre la main à la pâte à une résolution municipale, appelée à devenir un décret de la gouvernance de la nouvelle ville. Et qu’on cherchera à obtenir un consensus acceptable à tous les membres du conseil, un consensus aussi qui animera l’administration des programmes et services, pour que l’output de l’hôtel de ville soit, dans tous les domaines, disponible aux contribuables de langue française. Cependant il admet également qu’une fois adoptée, cette résolution s’en ira faire son bonhomme de chemin à Queen’s Park, la légisature provinciale, pour que le sieur Harris et sa troupe y donnent suite. Pour lui donner une “officialisation” provinciale, après “l’officialisation” municipale. Là, admet-il enfin, on nage dans l’inconnu. Le député Bélanger, après nous avoir dit qu’il avait fait circuler une pétition auprès des députés de la Chambre des communes, et de tous les bords de l’auguste assemblée, a-t-il pris soin de nous préciser, tenta de nous rassurer sur l’engagement de plus d’une centaine de députés à la cause du bilinguisme officiel pour la…Capitale du Canada.

Ottawa-ville a un statut spécial dans notre Constitution parce qu’elle est le siège du gouvernement national, de dire le député d’Ottawa-Vanier qui nous confie qu’il est en faveur d’une résolution de la Chambre, ce qui ne saurait tarder, pour montrer que le gouvernement national a à coeur la question du bilinguisme officiel local, parce qu’il ne peut être que conséquent à son engagement aux langues officielles, datant tout de même de plus de 30 ans.

J’ai pour ma part précisé, comme je le fais depuis plus de 25 ans (date de mon arrivée en Ontario, en provenance du Québec profond, comme dirait l’autre) que l’expression “ville bilingue” renvoyait à trois composantes qui n’étaient pas les mêmes. Ce sont la composante juridique, l’approche politique et la réalité sociologique.

La composante juridique découle de déclarations qui ont force de loi, d’enchâssement dans la Loi constitutionnele. Puisque toutes les lois font partie de la constitution. C’est une voie qui exige du temps, car même après la consécration, il faut souvent aller devant les cours pour qu’elles imposent aux autorités de respecter la loi. Comme le prouve la pléiade de causes dites scolaires qui nous ont donné, à l’usure du temps et des énergies, des victoires en gestion, entre autres, qui nous permettent d’avoir tourné la page.

L’approche politique est ma favorite. Je suis un fervant des négociations qui permettent de trouver, cas par cas, un modus vivendi pratique d’opérations qui débouchent sur la vraie vie des citoyens. Quant à la réalité sociologique, elle me permet de dire que la réponse à la question (Ottawa: ville bilingue?) va de soi. Il existe des gens qui parlent l’anglais et d’autres qui parlent le français ici. En conséquence, la vie en ville est bilingue.

J’ai fréquenté, depuis le temps de mon arrivée dans la région de la capitale, des minoritaires, non seulement en Ontario, mais aussi dans le reste de la diaspora de langue française. On m’a aidé à comprendre les difficultés de vivre dans la langue de Molière, de Chéticamp, en Nouvelle-Écosse, jusqu’à St.Albert, en Alberta. Mais j’ai y aussi observé des citoyens qui ont, en marge et à l’abri des secours publics, contre vents et marées, insisté pour parler et vivre en français.

En dépit de chiffres alarmants de certains mathématiciens, de démographes et d’autres prophètes de malheur, la vie française a survécu, ici même à Ottawa, comme ailleurs au pays. J’oserais dire que je pense même que le fait français a survécu en dépit aussi de l’aide gouvernementale. Qui n’a pas, selon moi, “autant aidé” à l’épanouissement des langues officielles depuis 1969. Autant aidé qu’on veut nous le faire croire. Qu’on fasse passer à l’acte une résolution de la Chambre (ce dont je doute, car pourquoi avoir pris tant de temps?), que Mike Harris ne donne suite aux voeux du conseil d’Ottawa (ce qui ne me paraît pas si pertinent que cela), je sais que la langue et la vie françaises d’ici existent et que, pour s’épanouir, il ne reste plus qu’à bâtir des ponts, trouver des ententes avec les majoritaires, sans renier unicité et identité. Et trouver des mécanismes pour surveiller la vitalité dedits accommodements. Le reste n’est que verbiage pour la galerie. Ce verbiage divise, il n’unit pas!

Clinton Archibald
Le Droit
Article paru le 10 mars 2001

 

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