Go to Top

«”Dialogue Canada” et le “Livre des citoyens pour le Canada”,» Gertrude Millaire, Maniwaki, QC

“Dialogue Canada” et le “Livre des citoyens pour le Canada”

En lisant ces mots: “Livre des citoyens pour le Canada”, mes sourcils se sont soulevés en accent circonflexe ^ ^ . Qui peut bien être contre le Canada ? En tant que Québécoise au parler franc français, bien que je me sois souvent fait bafouer et que j’aie été forcée de baragouiner une langue autre que la mienne, je ne suis pas contre le Canada.

Je suis ” pour ” le respect du français d’un océan à l’autre.
Je suis ” pour ” la reconnaissance de notre culture, de nos différences.
Je suis ” pour ” le droit à notre identité dans le pays entier.

Et si pour me donner ce respect, cette reconnaissance, ce droit à mon identité, je dois en arriver à une séparation, je ne suis pas pour autant “contre le Canada” mais bien “pour” un pays à la mesure de nos aspirations. Oh ! Je sais bien, je vous entends presque crier: “Ici c’est le Livre des citoyens pour le Canada” – Je sais, mais “Dialogue Canada”, n’est-ce pas ici ? N’est-pas ici, au coeur même de ces lignes que vous cherchez “des moyens d’apprendre aux Canadiens et Canadiennes à s’accepter, à vivre ensemble en paix… ”

Je ne connais pas cinquante mille façons de vivre en harmonie; le point vital est la langue. Ce pays a deux langues officielles: l’anglais et le français. Que les deux langues soient reconnues d’un bout à l’autre du pays nous éviterait bien des maux et des mots. Un dialogue avec un bilinguisme théorique, invisible et introuvable dès que nous sortons du Québec, ne facilite guère la bonne entente. Tant et aussi longtemps que le bilinguisme restera un privilège du Québec, il ne faut pas s’étonner qu’il aspire à devenir un pays.

Pour vivre en harmonie, il faut jouer franc jeu. Montrez-nous, non pas vos belles paroles extrémis ” On vous aime – Love Québec ” , mais donnez-nous, non pas votre amour, mais bien votre respect.

J’ai traversé le pays d’est en ouest. J’ai marché dans la terre rouge de l’Ile du Prince Edouard; j’ai glissé sur les glaciers de la Colombie Britannique; j’ai trempé mon pied dans l’Atlantique et ma main dans le Pacifique, et partout, partout où mes yeux ont rencontré la beauté de ce vaste pays, mon âme a vibré , fière de me croire chez-moi. Oui fière de ces grands espaces de liberté, mais j’ai vite désenchanté : personne ne comprenait mon langage.
Taire sa langue dans un pays qui est le sien vous laisse dangereusement songeur.

Pourtant à une certaine époque, le Canada s’affichait haut et fort comme un pays “bilingue”. Et à cette époque l’affichage au Québec se faisait dans les deux langues du pays. Et encore aujourd’hui le Québec est une des rares provinces à vous fournir des soins de santé dans les deux langues, à vous fournir tous les renseignements touristiques dans les deux langues. Le Canada est un très grand pays où hélas ! les mots se perdent dans le vent et où les promesses nourrissent la nuée. Si le reste du pays avait emboîté le pas, nous ne serions point chien et chat aujourd’hui.

Que l’on ne se leurre pas, le Canada est majoritairement unilingue anglais et dès que le Québec à son exemple essaie d’afficher son unilinguisme français, l’alarme se déclenche à Ottawa déterrant l’arme du bilinguisme et du respect des minorités. Un bilinguisme imposé à une seule province, à la longue, génère des conflits.

Comment vivre dans le respect et la bonne entente dans un pays, où je n’ai qu’à traverser un pont, un simple pont Hull-Ottawa, pour courir à ma perte: que ce soit dans les hôpitaux, les aéroports, les restaurants, les hôtels, les centres d’achat , dès que je traverse ce pont, je dois changer de visage et me soumettre à la seule langue respectée et autorisée: l’anglais

Pourtant Ottawa est la capitale nationale et le français est invisible. Et vous voulez engager un dialogue pour que chacun apprenne le respect de l’autre ? J’ai même vu pire, avec la nouvelle technologie de l’informatique, j’ai vu des sites dans l’ouest canadien, des régions fort attrayantes pour le ski alpin qui affichent leur publicité uniquement en anglais et ceux qui se permettent une autre langue choisissent l’allemand et nous annoncent pour bientôt une page en japonais mais rien, absolument rien en français. Serait-ce une façon bien directe de nous ignorer, nous les Québécois ? Et de nous faire savoir son mépris ? Et pendant ce temps, aux EtatsUnis, on trouve de plus en plus de sites bilingues et français … !!!

Non, je ne parle pas à travers mon chapeau, j’arrive de Whistler et croyez-moi, l’idée qu’il y ait des touristes français ne leur effleure même pas l’esprit. Tout est anglais, même pas un bonjour …ça frise drôlement le mépris et pourtant, et pourtant j’étais dans mon pays. Le seul endroit où j’ai entendu le français, c’est à la compagnie Air Canada et je lui lève mon chapeau.

Le moyen le plus efficace pour apprendre aux Canadiens et Canadiennes de vivre en harmonie n’est sûrement pas cette attitude méprisante de l’Ouest. Et ce n’est pas les députés de l’Ouest qui vont nous apprendre le respect et voir à ce que tous, tant Canadiens français que Canadiens anglais, aient le droit de se faire servir dans leur langue où qu’ils soient au Canada. Présentement, soyons réalistes, si le reste du Canada ne réagit pas et continue son acharnement, non pas à respecter le Québec, mais bien à vouloir l’assimiler, la cohabitation harmonieuse sera impossible.

Que je sois l’hôte dans mon coin de terre , par respect pour le visiteur, je dois sacrifier mon français et le recevoir dans sa langue qui est l’anglais. Et dès que je suis reçue ailleurs mais toujours dans ce pays, je dois encore, par respect pour les gens qui m’accueillent, respecter leur langue et leur parler en anglais. Inutile de vous dire qu’à ce rythme là, le français deviendra vite une langue agonisante , une langue en glaise à l’accent étrange. Avec un tel diagnostic, pouvez-vous blâmer les Québécois de se battre pour leur survie ?

“Dialogue Canada” cherche un dialogue franc ? Vous cherchez des solutions pour enterrer la hache de guerre, des solutions efficaces ? La solution est dans le respect du français d’un océan à l’autre. Un bilinguisme dans les faits… et non dans des lois ou des promesses de papier.

Puisque les Canadiens anglais peuvent se sentir chez-eux partout à travers le pays, il faut que les Canadiens français soient eux aussi capables se sentir chez eux d’un bout à l’autre du pays et pour se sentir vraiment chez soi, il faut être capable de s’exprimer dans sa propre langue. Quand je suis à l’ouest ou à l’est je ne me sens point canadienne car votre obstination à renier mon identité, ma langue, ma culture me font me sentir une ÉTRANGÈRE dans mon propre pays.

Bien sûr, il y a bien d’autres points qui mériteraient d’être soulevés pour le développement du Canada mais j’ai axé mon texte sur le problème de la langue parce que je suis convaincue que tant et aussi longtemps que ce point ne sera pas résolu, le gouvernement canadien éjectera une grande partie de son énergie et de nos impôts à essayer de se voter des lois qui le protégeront contre la menace d’un Québec souverain, au lieu de gérer le pays et ses ressources sainement. Tous, Canadiens et Québécois, commencent à atteindre leur point de saturation et il serait beaucoup plus intelligent de trancher la question une fois pour toutes, au lieu de dépenser des sommes exorbitantes dans un débat sans issue et qui entraîne des coupures inhumaines dans d’autres secteurs, tels la santé, l’éducation, la sécurité aérienne, etc.

Le Québécois n’est pas contre le Canada, il est pour un pays où il se reconnaît, un pays qui parle sa langue, un pays auquel il peut s’identifier, un pays où sa culture n’est pas menacée .

Le Québec est et restera avec ou sans votre consentement, une “société distincte ” avec ou sans le Canada. Ce n’est pas un rêve, ni un désir; c’est un fait, une réalité.

Les cartes sont données:
À vous de jouer, mais faites vite et n’oubliez pas que le seul atout accepté est le français partout.

Gertrude Millaire
Maniwaki, QC