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«Le Québec au coeur de la francophonie canadienne,» Benoît Pelletier, Gatineau, QC

Au cours des dernières décennies, tant le peuple québécois que le peuple acadien et les communautés francophones de l’Ontario, de l’Ouest et du Nord canadien ont senti le besoin d’affirmer et de manifester ce qui les singularisait. Ce faisant, ils ont toutefois été amenés de part et d’autre à négliger à certains égards ce qui les unissait.

Pourtant, au-delà des distances qui peuvent nous séparer, des circonstances politiques qui peuvent parfois nous distancier, bref, de tout ce qui peut sembler nous différencier, il est une chose que nous avons toujours partagée et qui est capable de nous rapprocher : la langue française. Cette langue est indéniablement le véhicule par excellence de l’affirmation de nos cultures et l’instrument privilégié de partage et de rapprochement entre nos sociétés respectives et ce, tant dans le contexte canadien que dans celui de notre ouverture à l’Amérique et au monde.

Notre détermination commune à vivre en français et à transmettre ce patrimoine à nos enfants favorise un rapprochement de plus en plus évident entre le Québec et les communautés francophones et acadienne du Canada. Voilà pourquoi l’actuel gouvernement du Québec attache une grande importance aux relations qu’il entretient avec ces communautés.

Plus que jamais, le gouvernement du Québec est déterminé à travailler avec tous ses partenaires de la francophonie canadienne à la préservation, la promotion et l’épanouissement de la langue française. Nous sommes déterminés à contribuer avec eux à renforcer les assises du fait français au Canada.

De par sa situation particulière en Amérique, le Québec a non seulement un rôle prépondérant à jouer, mais aussi un devoir de leadership vis-à-vis l’ensemble de la francophonie canadienne. Cette responsabilité, le Québec l’assumera entièrement.

Le gouvernement du Québec veut non seulement poursuivre mais surtout dynamiser et enraciner la collaboration déjà établie avec les communautés francophones et acadienne du Canada. Ce rapprochement va d’ailleurs dans le sens de la convergence que souhaitent voir renaître les leaders de la francophonie canadienne, et nous éloigne de la vieille dynamique qui s’articule autour d’une famille linguistique parcellisée et divisée.

Nous sommes convaincus que le système fédératif canadien est celui par lequel les francophones de tous les coins du pays pourrons le mieux assurer leur développement et leur vitalité. La dualité linguistique – qui repose notamment sur une francophonie vivante et vibrante – est sans contredit une caractéristique fondamentale de l’identité canadienne. L’épanouissement d’un océan à l’autre des communautés de langue française profite à tous. En effet, il semble clair que l’affirmation du Québec en tant que société majoritairement francophone en Amérique du Nord ne peut qu’être profitable pour les communautés francophones et acadienne du Canada, car elle donne une plus grande légitimité au fait français. En contrepartie, la plénitude des communautés en question dans ce même contexte assure au Québec un avenir plus dynamique et ajoute richesse, vitalité et diversité à la francophonie nord-américaine.

L’expression du caractère francophone des uns et des autres ne représente pas uniquement un rappel du passé; elle témoigne avant tout d’une présence tenace et inspirée en plus d’être le véhicule de la projection de nos sociétés dans l’avenir.

Si l’appui du Québec aux communautés va de soi, je suis néanmoins persuadé que son expression se doit d’être revue. Sans vouloir épiloguer longtemps sur les manières de faire du gouvernement du Québec auprès des communautés francophones et acadienne au cours des dernières années, force est de constater que celles-ci n’ont pas atteint leur plein potentiel, faute notamment d’une vision du fait français au Canada qui ait été à la fois cohérente et satisfaisante tant pour le Québec que pour les communautés francophones et acadienne. Le nouveau gouvernement du Québec entend développer une telle vision commune de la francophonie canadienne et du rôle que chacune de ses composantes peut y jouer. Cette vision se fondera notamment sur les deux vecteurs suivants :

1) Le développement d’une francophonie unifiée quoique diversifiée

Le Québec entend participer à la redéfinition des liens entre les francophones de tout le Canada, sur le fondement d’une francophonie unifiée quoique diversifiée.

Bien que partageant la même langue, les communautés francophones et acadienne vivent dans des contextes différents, notamment sur les plans politique, économique, démographique, juridique, social et culturel. Certaines sont concentrées dans une région donnée tandis que d’autres sont disséminées sur l’ensemble du territoire d’une province. Certaines sont présentes depuis près de 400 ans tandis que d’autres sont d’implantation beaucoup plus récente. Certaines sont composées d’individus provenant des quatre coins du Canada et des cinq continents tandis que d’autres, pour l’instant, sont plus homogènes.

Cette diversité des caractéristiques et des situations fait en sorte que les besoins et les priorités des francophones et des Acadiens peuvent varier d’une province à l’autre. Le gouvernement du Québec s’engage dorénavant à prendre davantage en compte la diversité propre à chacune des communautés dans ses interventions auprès de celles-ci.

Dans cette veine, j’invite, interpelle et encourage les représentants des communautés francophones et acadienne – en particulier la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) et la Société nationale des Acadiens – à me faire part de leur façon de voir la francophonie au Canada, d’entrevoir son évolution ainsi que l’apport que pourrait y avoir le Québec. En collaboration avec tous nos partenaires de la francophonie canadienne, j’entends établir un inventaire exhaustif des dossiers prioritaires des communautés francophones vivant en situation minoritaire au Canada.

Il est clair que le Québec doit déterminer, de concert avec les communautés francophones et acadienne elles-mêmes, les objectifs à réaliser en commun ainsi que sa contribution propre pour assurer le rayonnement du français.

2) Une collaboration accrue avec les autres provinces et territoires

Le gouvernement du Québec entend appuyer davantage la collaboration avec les provinces et les territoires au profit de la francophonie canadienne dans un cadre multilatéral. Nous pensons en effet qu’une meilleure collaboration entre les gouvernements permettra d’envisager dans l’avenir des interventions mieux ciblées, ainsi que de concevoir et de réaliser des projets de plus grande envergure qui auront des impacts plus durables sur le développement et la pérennité de la francophonie au Canada.

Il est de la responsabilité du Québec, en tant que seul membre à majorité francophone de la fédération canadienne, d’activer tous les leviers gouvernementaux dont il dispose pour assurer une meilleure collaboration entre les gouvernements des provinces et des territoires.

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Comme on peut le constater, le Québec entend demeurer pleinement solidaire de la francophonie canadienne. Il nous faudra cependant aller ensemble au-delà des discours. Seuls des projets concrets, des collaborations réelles, des stratégies communes permettront le resserrement des liens et l’expression de cette solidarité dans notre réalité quotidienne.

Cette convergence dans l’action que le nouveau gouvernement du Québec désire entamer s’articule en ce moment autour des initiatives et projets suivants :

  1. Le Québec entend désormais siéger à part entière à la réunion provinciale et territoriale de la Conférence ministérielle sur les affaires francophones et y jouer un rôle plus proactif dans le respect des responsabilités, compétences et priorités de chacun des gouvernements.
  2. Le Québec tiendra au cours de la prochaine année un Forum sur l’éducation ainsi qu’un Forum sur la culture, à l’image du Forum sur la santé qui a eu lieu en 2002.
  3. Le Québec entend revoir en profondeur sa Politique à l’égard des communautés francophones et acadiennes du Canada adoptée en 1995 et mener un processus de consultation dès cet automne.
  4. Le gouvernement du Québec donnera suite à l’un de ses engagements en créant un nouveau Centre de la Francophonie dans les Amériques, lequel sera un forum d’échanges et de délibération qui permettra à terme aux francophones de tout le continent de mieux se connaître et de formaliser leur dialogue. Le Centre sera une vitrine du fait français sur notre continent.
    D’ailleurs, il m’apparaît clairement que le champ d’action d’une telle institution peut être vaste et ses attributions multiples. Cependant, la solidarité entre les francophones serait vide de sens si l’ensemble des communautés visées par le Centre n’étaient pas invitées à collaborer à sa conception et à sa mise en place. Ce projet doit être l’objet d’une volonté commune. À cette fin, je compte entreprendre prochainement des discussions avec les représentants des communautés francophones et acadienne pour définir ensemble quels seront les rôle, mandat et moyens qui pourraient être confiés à un tel centre.
  5. Le gouvernement du Québec entend conclure avec la FCFA une entente de nature administrative qui nous permettra de nous appuyer sur nos affinités linguistiques et culturelles, d’améliorer notre convergence et de déborder sur des actions plus porteuses et plus structurantes au sein de la francophonie. Une telle entente permettra aussi à chacun de définir les objectifs à poursuivre et de bénéficier des expertises développées de part et d’autre.
    L’intérêt principal d’une telle entente sera de favoriser la collaboration dans des domaines d’intérêt commun comme la petite enfance et la santé, les communications, le développement économique, la ruralité et l’immigration.

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Le Québec et les communautés francophones et acadienne du Canada sont unis par l’histoire et partagent une cause commune. Non seulement les succès des uns rejaillissent-ils sur les autres mais ils contribuent également à enrichir l’ensemble culturel canadien.

Je demeure convaincu qu’une collaboration encore plus soutenue, mieux ciblée et plus systématique entre le Québec, les communautés et leurs gouvernements provinciaux respectifs contribuera, de manière déterminante, à la réalisation de l’objectif ultime que nous poursuivons tous, soit celui d’assurer le rayonnement d’une francophonie sans frontières, diversifiée mais unie comme jamais. Le gouvernement du Québec convie l’ensemble des francophones du Canada à la mise en œuvre d’une nouvelle solidarité axée sur la collaboration et l’égalité des partenaires, et davantage ancrée dans l’action. Nous les invitons à prendre un virage, un nouvel élan qui marquera une évolution dans la dynamique de nos échanges, de nos rapports réciproques. L’établissement de liens féconds entre le Québec et les francophones de tout le Canada demandera des efforts importants de la part de chacun, mais tous en profiteront.

Le Québec est l’allié objectif de tous ceux et celles qui veulent vivre et prospérer en français en Amérique. Il a en commun, avec les communautés francophones et acadienne, le désir de développer une francophonie vivante et dynamique au Canada. Après tout, ne sommes-nous pas tous engagés depuis longtemps dans le développement et l’essor de la langue française? Tout comme les francophones des autres provinces, nous aimons profondément cette langue qui est le reflet de notre identité et nous voulons assurer son avenir sur ce continent.

Ne serait-ce que pour cette dernière raison, il nous apparaît primordial que tous ceux qui, au Canada, partagent le plaisir de s’exprimer en français puissent également partager une certaine vision de l’avenir et espérer la réalisation d’idéaux communs. Ainsi, lorsque les circonstances le permettront, ils pourront parler d’une seule et même voix.

Benoît Pelletier
Ministre délégué aux Affaires intergouvernementales
canadiennes et aux Affaires autochtones
octobre 2003