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«Rien n’est si beau que son pays,» Louise Leblanc, Gatineau, QC

Rien n’est si beau que son pays

Comme le dit un vieil adage, “rien n’est si beau que son pays.” A la radio de CKCH, je chantais cette chanson de tout mon coeur d’enfant de quatrième année. Debout, très droite et fière, je suivais des yeux la religieuse qui battait la mesure.

Mon père, amoureux de son pays m’avait transmis cet héritage. Le Canada et moi, c’est un amour d’enfance. “Ô Canada mon pays. mes amours.”

J’ai vu le jour en 1946, sur cette terre canadienne que mes ancêtres ont colonisée sans moi, à la sueur de leur front. Les femmes ont trimé dur avec leur marmaille accrochée à leur jupe. Les hommes ont bûché, c’est le cas de le dire. J’appartiens au Canada et le Canada m’appartient. II y a plus longtemps que je vis avec mon pays qu’avec toute autre personne.

Au chalet de mes parents, au beau milieu du terrain, face au lac, flotte le drapeau du Canada. La nuit, à travers le bruit familier des ouaouarons et le cri solitaire du huard, j’entends flotter le drapeau au vent comme un ruban d’espoir. La feuille d’érable ballote du nord au sud, de l’est à l’ouest. Le premier juillet je chante à tue tête en tournant sur moi-même: “Je l’aime mon pays, je l’aime, il est si grand, il est si beau pour lui je donnerais ma vie.”

Le Canada est un coffre aux trésors. Une lampe d’Aladin pour qui sait s’en servir. Malheureusement, il y a un mauvais génie quelque part qui frotte la lampe à rebrousse-poil.

Le Canada est un pays riche en soi qui fait abuser de lui. Nous sommes au siècle de l’abus, de l’excès, comme si tout était inépuisable. Nous nous leurrons. La pauvreté n’a pas sa raison d’être dans ce pays immense où la place ne manque pas. Tous les Canadiens devraient manger à leur faim. Ma grand-mère Plouffe disait: – C’est un péché de jeter du pain. Que dirait-elle du lait qu’on gaspille?

Le Canada est bondé de lacs et rivières d’une beauté à couper le souffle. Le majestueux fleuve Saint-Laurent avec ses caprices s’arrange pour ne pas se faire oublier.

Il est possible d’y découvrir plein de surprises et pas nécessairement loin de chez nous, des surprises de taille comme de petits trésors cachés.

Pour une citadine comme moi, je trouve merveilleux la proximité des montagnes, des lacs, des rivières, de la campagne. Quand j’ai la nostalgie de la vraie nature, elle m’attend avec ses merveilles à quelques kilomètres.

La liberté est grande au Canada. C’est un pays démocratique et pacifique. Le respect de l’être humain se doit d’être la valeur fondamentale de ce grand pays. Que nos dirigeants soient sévères sur la protection de la vie des humains et de la nature.

Je maintiens avec force et conviction qu’un nouvel arrivant, quel que soit son pays d’origine, doit se plier aux lois canadiennes, apprendre sa culture, ses us et coutumes. C’est capital si nous voulons conserver notre patrimoine canadien. Par exemple le port d’un turban ne correspond pas à l’uniforme de la Gendarmerie royale du Canada. L’image est faussée. C’est inacceptable d’accepter ce compromis.

Bien sûr, cela amène des discussions cuisantes, justement autour de la table de cuisine familiale. C’est stimulant. Nos filles et nos fils ont droit à leurs idées. La mienne est ancrée profondément en moi. Je veux conserver mon pays, mon Canada. Aux générations futures il faut faire découvrir les grandeurs de ce pays.

Mon père disait: – T’as jamais connu la misère au Canada.

Je laisse parler mon coeur. Que se passe-t-il donc à l’aube de l’an deux mille? J’ai peur de connaître la misère. Chamboulement dans les familles, le travail, la religion, la société en général. Insécurité financière pour nombre de gens, voire pauvreté. Des femmes et des hommes non préparés à leur retraite sont enthousiasmés de quitter leur emploi parce qu’un montant d’argent étincelle comme une lumière clignotante. Selon moi, c’est de la poudre aux yeux, rien d’autre. Quelque mois plus tard, c’est la déprime pour plusieurs. Et après? Tout le monde s’en fout.

Toute personne adulte a le droit de gagner sa vie décemment. D’avoir du pain frais sur sa table. Un toit pour s’abriter des saisons. Des vêtements chauds en hiver. Peut-être devrions-nous regarder vers le passé et prendre les bonnes idées qui ont surgi et les adapter au nouveau millénaire? Le passé est garant de l’avenir. Le passé et le présent conjugués peuvent faire bon ménage. Ils sont indissociables.

C’est à qui inventerait la solution miracle. II n’y a pas de solution miracle. Nos dirigeants se doivent d’être humains. Le Canada a besoin de s’humaniser, de se solidifier par l’ouverture du coeur. Rien n’est acquis. Les hommes et les femmes qui nous représentent ont des obligations; s’ils ne les respectent pas, ils n’ont pas le droit d’être là.

Le premier ministre du Canada, quel qu’il soit, a du pain sur la planche. J’admire les femmes et les hommes politiques qui se lancent à l’assaut d’un si grand pays.

Ces représentants du peuple canadien militent pour préserver la paix, la prospérité, le déficit zéro au premier plan, l’impôt au tournant de l’année. Quelle belle théorie! Quel casse-tête pour la profane que je suis. J’essaie de suivre le courant politique de l’heure, j’avoue y perdre le latin de mon cours classique des années soixante. Il y a souvent des ratés.

Pour dialoguer avec vous je suis à l’ordinateur. Un autre casse-tête de plus, de mille morceaux celui-là. J’ai tellement peur de perdre le courant et d’être une laissée-pour- Car je suis une femme de la classe moyenne, de milieu modeste et je souffre. Mon train de vie est au ralenti. J’avoue n’être jamais montée en première classe mais j’ai toujours maintenu un niveau de vie intéressant et stimulant. Je dépensais ce que je gagnais.

A l’aube de l’an deux mille, j’ai peine à tenir le coup financièrement et à satisfaire mes besoins élémentaires pour ne pas dire primitifs, c’est-à-dire, me nourrir, me vêtir, me loger et me chauffer en hiver. Au coeur du Québec, les hivers sont rigoureux et je déteste avoir froid.

Je veux bien faire confiance à la vie. Pour l’instant mes dirigeants secouent ma vie comme une feuille d’érable. Mais mon tronc est solide, mes ramifications multiples, mes feuilles en santé applaudissent à mes solutions. Je veux bien faire ma part mais je suis fatiguée de me serrer la ceinture. Je n’ai plus de pouvoir d’achat depuis plusieurs années. Je suis une inconnue de l’état providence. J’ai toujours gagné ma pitance. Ma solution? Faire beaucoup avec peu. J’ai essayé. J’ai réussi. Je suis essoufflée et un peu écoeurée de cette stratégie.

Une solution! Cessons d’être excessifs en tout. Respectons la nature. Elle aura toujours le dernier mot. Vérifions nos limites, examinons à la loupe l’essentiel. Il est permis de redéfinir nos valeurs, nos priorités. Le matérialisme peut et doit être relégué à un rang inférieur. Pour l’instant il est au premier rang. Il est favorisé et adulé comme un dieu. Éliminer le Sénat serait un exemple pour le peuple canadien d’une capacité de changement salutaire. La réduction des dépenses qui affectent l’aire de travail devrait être se limitée à l’essentiel tout en respectant l’ergonomie du milieu. Toutes les dépenses inutiles et excessives, non apparentes et sous-jacentes, coûtent extrêmement cher à la classe moyenne. Sur toute coupure ça prend un pansement et parfois un médicament contre la douleur. Les coupures budgétaires sont longues à guérir, la plupart du temps la souffrance humaine et sociale est à deux niveaux, chez les pauvres et dans la classe moyenne. Je fais ma large part sans tambour ni trompette pour ne pas coûter cher au pays.

Mais j’aime la Vie! J’ai goûté à la culture canadienne, aux arts, à la musique, aux spectacles, aux festivals. Aujourd’hui je me prive et ça fait mal. J’AI CONNU MIEUX. J’ai peine à me rendre à deux (en couple) au cinéma, au théâtre. J’assiste aux spectacles qui sont gratuits pour le bien de mon esprit. Je participe à des tirages pour assister à des soirées culturelles, pour gagner des livres qui vont enrichir ma bibliothèque, une valeur primordiale pour moi. Dommage, car je dois maintenant débourser pour m’inscrire à la bibliothèque de ma municipalité. Je suis de celles qui préfèrent s’acheter un livre à une robe.

La solution, ce n’est pas de se serrer la ceinture, car ça coupe la circulation. C’est de se donner la main, de s’ouvrir le coeur, d’accentuer le côté spirituel de la vie, de rendre accessible à tous la culture et l’évasion, de faciliter la création.

Je suis et resterai une idéaliste. Il en faut. C’est permis d’imaginer un monde meilleur et d’espérer que son souhait se réalise.

Je rêve qu’il y ait entente et paix entre nos dirigeants pour le bien de leur peuple. Ils disent bien qu’ils travaillent en ce sens. Alors je les crois.

Admettons que j’ai la moitié de ma vie faite au Canada, je veux y vivre l’autre moitié mais à mon goût. Je suis une personne imaginative, indépendante et autonome. Je fais tout pour me garder en santé, c’est une solution ou une mode, en tout cas, par les temps qui courent, une nécessité.

Dans mon pays, le beau Canada, il y a des lois à respecter et au dessus des lois il y a les gens de ma race. En se saluant à l’épicerie, au centre commercial t, dans un salon du livre ou dans un musée c’est tout mon héritage canadien qui me suit. Je suis fière de mes origines modestes et combien humaines. Je suis fière de serrer la main à une personne différente de moi par sa couleur, sa culture et ses moeurs. Mais je désire que tous respectent mon coin de terre dans son ensemble. Il faut aimer mon pays de tout votre coeur, l’adopter en toute légalité et le faire vôtre. Je suis prête à le partager. Je suis généreuse et tolérante, mais n’abusez pas de mon pays. Ne le terrorisez pas. C’est la Vie qui m’en a fait cadeau.

Les Canadiens de coeur se retrouvent entre eux à ce signe extérieur: la tête haute, le dos droit, l’oeil clair et l’air fier quand ils entonnent le Ô Canada!

En toute liberté, je veux délier ma langue en français pour dire et écrire. J’ai tant de choses à dire et à écrire dans ma langue.

Le Canada doit se propulser vers l’an deux mille en démontrant aux enfants de l’avenir qu’il fait bon y vivre. Que les générations présentes et futures se succèdent dans la paix en profitant d’un niveau de vie décent permettant l’épanouissement de l’être.

Vivre dans un pays d’abondance et avoir peur de la misère est un paradoxe. Y vivre dans la misère est inacceptable, un signe d’une époque troublée. Les dirigeants du pays, ceux que nous élisons, ont une lourde responsabilité. Doit-on mettre leur compétence en cause? Avec les années une certaine léthargie s’empare de certains politiciens, heureusement pas de tous, le feu sacré de la politique se refroidit, l’appât du gain devient-il prioritaire? Le champagne pétille davantage que le vin St-Georges (le cognac des pauvres). Un peu d’humour. Les politiciens oublient-ils parfois qui ils représentent? Où est la réponse? Je dialogue.

Il est urgent de trouver un équilibre intelligent entre les classes sociales. Les valeurs humaines doivent mener le bal. Les valeurs matérielles au service du peuple pour agrémenter la vie de chacun.

Le milieu familial a un grand besoin d’être valorisé dans son changement. D’être compris. Les catégories nommées: enfant, jeune, pré-adolescent, adolescent, jeune adulte, adulte, femme au foyer, aîné, divorcé, monoparental, handicapé physique ou intellectuel devraient être éliminés et former un tout : une personne humaine. Un rapprochement serait plus facile, la différence moins visible si les gens n’étaient plus catégorisés. Moins pointés du doigt, leur statut social serait un moindre handicap.

Si le pays veut avancer, les mentalités doivent changer. C’est à chacun de nous de faire son bout de chemin. De se prendre en main individuellement et d’aider les plus vulnérables. Les familles doivent se serrer les coudes, s’ouvrir le coeur. L’isolement est la plus grave maladie du siècle.

Mutiler le Canada serait une faute impardonnable. Nous nous en mordrions les doigts. Mon pays saigne présentement. Il a besoin d’un garrot pour éviter l’hémorragie. Le sang de tout un peuple fier et combatif en dépend. La santé canadienne est en péril. La coupure coûtera des vies. Soyons conscients de ce danger qui rôde comme une ombre pas si lointaine.

La feuille d’érable rouge du drapeau canadien devrait se teinter de couleurs multicolores pour garder en mémoire la diversité des personnes qu’il représente, la vigueur du peuple canadien. Le mélange des couleurs pourrait aussi identifier les classes sociales, puisqu’elles existeront toujours. La phrase clé de nos dirigeants pourrait devenir:

” Vivre et laisser vivre”

Au début du nouveau millénaire, le plus beau cadeau à faire au Canada c’est l’unité. Offrons-la à notre pays enrubannée d’une boucle d’or. Car le Canada vaut son pesant d’or. Il n’a pas de prix.
Louise Leblanc
Gatineau, QC